La forêt boréale regorge de denrées inestimables aux mille propriétés. En voici quelques-unes, énumérées par Yotam Lezzi, un fin connaisseur des trésors d’ici.

Été comme hiver, il est très rare que Yotam revienne de forêt sans en rapporter une plante ou un champignon. « Qu’ils soient médicinaux ou simplement destinés à une expérience culinaire, ces trésors poussent dans le jardin des Laurentiens », fait-il valoir. Propriétaire de l’entreprise Délices forestiers et maître dans l’art de reconnaitre les précieux spécimens, le jeune résident du lac Labelle maintient qu’au sein de cette luxuriance végétale se trouvent des champignons d’arbres aux multiples propriétés.

Une pharmacie dans la forêt

Outre le Trametes versicolore – qui a été reconnu en 2011 par les scientifiques du Queensland University of Technology pour soigner de façon spectaculaire le cancer de la prostate –, le polypore en ombelle; utilisé pour les maladies pulmonaires telles que les métastases et l’emphysème, le reishi; considéré comme le champignon de l’immortalité en Chine et le Griffola fondosa, offrant de puissantes propriétés toniques, la forêt d’ici offre également un champignon miraculeux que l’on retrouve sur le bouleau et le merisier; ce champignon, c’est le chaga.

Un super aliment

Étudié depuis le 15e siècle en Russie, le chaga est un puissant immunostimulant. Considéré sans effet secondaire, il peut, selon David Wolfe – auteur de nombreux ouvrages faisant autorité en matière de nutrition – être consommé de façon indéfinie par tous.

Son apparence rebute le non-initié. Il forme en effet une excroissance d’un noir profond sur l’écorce de l’arbre, un peu comme s’il avait été calciné. Pour sa part, l’intérieur s’apparente à la texture et la couleur du liège.

« Il est à tort considéré comme un parasite alors qu’il serait symbiotique au bouleau blanc et jaune, précise Yotam Lezzi. Lorsque l’arbre est blessé, il vient panser la plaie et permet de transformer l’acide bétulinique présente dans le bouleau en forme assimilable par voie orale. »

En d’autres mots, il permet de bénéficier des nombreuses actions thérapeutiques – notamment antitumorales – du bouleau et du merisier, aussi appelé bouleau jaune. Antiviral, antifongique, antibactérien, antiinflammatoire et antitumoral, le chaga a également la faculté d’équilibrer le taux de sucre dans le sang.

Ce super aliment contient 25 % d’antioxydants. En herboristerie, il s’agirait du plus haut taux détecté dans un aliment. On lui prêterait également des effets bénéfiques sur le cholestérol. Sa consommation régulière augmenterait de plus la vitalité en renforçant le système endocrinien, cardio-vasculaire et nerveux.

« La forêt est tellement riche en ressources, soutient Yotam. On s’est éloignés de cette connaissance bien qu’on ait beaucoup appris des Amérindiens. Avec le temps, on finit par renouer avec tous les bienfaits que la forêt a à nous offrir. »

La préparation

« Les différents modes d’extraction permettent d’aller chercher différents principes actifs du champignon, soutient Yotam. Laisser tremper des morceaux de chaga dans de l’eau froide pendant plusieurs heures permettra d’extraire les principes actifs bénéfiques pour le système immunitaire. La décoction ou l’infusion permettront quant à elles d’aller prélever les polysaccarides, reconnus pour leurs propriétés antitumorales. »

La cueillette du chaga

Le chaga se récolte tout au long de l’année. Toutefois, c’est en hiver et par temps très froid qu’il serait le plus judicieux de le cueillir, « juste avant que l’arbre ne libère sa sève, en février et en mars, précise Yotam. Idéalement, il ne faut pas aller trop près de l’écorce afin de laisser sur l’arbre le mycélium, soit la partie la plus pâle et la plus molle. Cela permet au chaga de repousser et ça évite de blesser le bouleau. »

Le jeune homme insiste également sur l’importance de pratiquer une cueillette écoresponsable. Cette dernière consiste à toujours épargner quelques spécimens. Il en va de même pour les talles de champignons culinaires, le thé et l’ail des bois. « Autrefois, il était aisé de trouver du ginseng au Québec, rappelle Yotam. La cueillette intensive de cette précieuse racine a entrainé sa quasi-disparition. Une cueillette écoresponsable est la clé de la pérennité des plantes aux mille-et-une vertus », conclut-il.